La stèle d’Oliver Cunningham

Né le 17 septembre 1894 à Chicago dans une famille ayant fait fortune dans les affaires, Oliver B. Cunningham connait une enfance heureuse, effectue de brillantes études secondaires puis est admis à Yale, l’une des plus prestigieuses universités des États-Unis. Il s’y fait vite remarquer et se voit récompensé en 1916 pour ses grandes capacités intellectuelles et pour son charisme. II devient rapidement un exemple pour les autres étudiants, gagnant le surnom affectif de « OB » et la sympathie de ses camarades et de ses professeurs qui remarquent et apprécient également son sens de l’humour et de l’initiative. Un brillant avenir semble s’ouvrir à lui lorsque les États-Unis entrent en guerre, en avril 1917.
Oliver B. Cunningham prend rapidement la décision de partir en France. A peine le Congrès a-t-il voté la déclaration de guerre que le jeune homme quitte Yale (mai 1917) pour rejoindre la toute première session de l’école de formation des officiers du temps de guerre au Camp Sheridan, non loin de Chicago. Oliver B. Cunningham avait en réalité débuté sa « carrière militaire » à l’automne 1915 avec l’une des quatre batteries d’artillerie formées au sein même de l’université. A sa sortie du Camp Sheridan, il est promu au grade de sous-lieutenant. Affecté d’abord au 16th Field Artillery Regiment, il est rapidement transféré au 15th F.A.R., unité organisée le 1er juin 1917 et assignée à la 2ème Division d’Infanterie le 21 septembre suivant. Le 11 décembre 1917, son unité quitte les États-Unis pour la France. Débarquée au Havre, elle est dirigée sur Valdahon (Doubs) pour y parfaire son entrainement.
A présent lieutenant attaché à la batterie D, Oliver B. Cunningham fait provisoirement fonction à la fois d’officier Opérations et d’officier Administration du régiment. Ses grandes qualités ayant été également décelées par son chef de corps, le colonel Thomas E. Merrill, celui-ci estime préférable de le maintenir dans ses fonctions dans l’intérêt du régiment, d’autant plus qu’il parle parfaitement le français, qualité particulièrement appréciée lorsqu’il s’agit de se coordonner avec l’artillerie française.
Le 15th F.A.R. est déployé le 21 mars à l’ouest du saillant de Saint-Mihiel. Oliver B. Cunningham connait son baptême du feu dans le secteur de Troyon (sud de Verdun), du 24 mars au 11 mai 1918. II prend ensuite part aux opérations de l’Aisne et de la Marne, du 1er juin au 26 juillet, ou il se démarque par son courage et son sens du commandement sous le feu de l’ennemi. Du 6 au 22 août, il est dans le secteur de Marbache puis dans celui de Limey.
Jugeant qu’il n’est pas assez au cœur de l’action, il obtient le 2 septembre son transfert comme officier de liaison auprès d’unités d’infanterie. L’attaque générale visant à réduire le saillant de Saint-Mihiel débute le 12 septembre au matin. Les Doughboy de la 2ème Division d’Infanterie s’élancent de leurs tranchées de départ dans le secteur de Limey. Ils traversent le bois du Four, le bois du Beau-Vallon, Le bois d’Ileich, le bois de Fey. Thiaucourt est libéré le 12 septembre et Jaulny le 13 septembre. Les 14 et 15 septembre, l’attaque reprend. Le front se stabilise sur une ligne bois de Blainchamps – moulin de Rembercourt – bois de la Montagne. Le matin du 16, la 2ème Division est relevée par la 155ème brigade de la 78ème Division d’Infanterie américaine mais pas Oliver Cunningham alors en observation en première ligne. Voici en effet plusieurs jours qu’il remplit ses fonctions auprès d’une unité d’infanterie très avancée. Faisant peu de cas de sa personne, il s’expose à maintes reprises au feu de l’ennemi au cours des missions de reconnaissance et de liaison qu’il parvient à mener à bien.
En ce matin du 17 septembre, le lieutenant Cunningham occupe un poste avancé entre Thiaucourt et Jaulny en compagnie d’autres officiers. Il est en train d’étudier les cartes en prévision d’une attaque imminente lorsqu’à 2 h 30, un obus allemand pulvérise le poste d’observation tuant sur le coup Oliver B. Cunningham et ses compagnons d’armes. II meurt le jour de son vingt-quatrième anniversaire. Sa promotion au grade de capitaine, signée le 11 septembre parvient au régiment le lendemain de sa mort. Le corps du jeune officier est ramené au PC sur un caisson d’artillerie à environ 2,5 km au sud-est de Thiaucourt.
Le colonel Merrill choisit de l’ensevelir sur place, non loin de la route vers Regniéville et ordonne que soit érigée sur sa tombe une grosse croix en Pierre, trouvée dans le voisinage, afin d’honorer la mémoire du seul officier du régiment tué l’ennemi.
Pour sa conduite héroïque au feu depuis l’engagement de son unité, le capitaine Cunningham se voit décerner titre posthume la Distinguished Sertice Cross. Le corps d’Oliver B. Cunningham ne fut pas rapatrié aux États-Unis sur la volonté de ses parents. Ses restes sont aujourd’hui au cimetière militaire américain de Thiaucourt (Plot : C – Rangée : 13 – Tombe : 18). Les membres de la direction du groupe Butler Brothers dont Frank S. Cunningham était le président offrirent en 1924 les trois cloches manquantes de l’église de Thiaucourt. Lui et son épouse vinrent Thiaucourt pour leur baptême. Elles furent prénommées Sarah (grand-mère d’Oliver), Lucy (mère d’Oliver) et Jeanne (pour Jeanne d’Arc).

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A proximité, sur la route en venant de Thiaucourt-Regniéville, un bloc marque l’avancée des troupes américaines de la Seconde Division au soir du 12 septembre 1918.

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