Le Bois des Caures

Bois des Caures - Monument

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Toutes les photos d’époque, sauf indication contraire, proviennent du site La Contemporaine et ont été recadrées par souci de lisibilité

Carte figurant sur un des panneaux du site

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Les hommes des 56ème et 59ème Bataillons de Chasseurs à Pied de la 72ème Division d’Infanterie

En 1914, les Chasseurs Pied sont une troupe d’élite. Constitués en Bataillons, ils se caractérisent par une identité spécifique un esprit de corps très développé. Les Chasseurs du 56ème Bataillon sont originaires du Nord de la France, mineurs et ouvriers d’usine. Ceux du 59ème proviennent de Saint-Quentin, de l’Orne et de la Meuse, ils sont pour la plupart d’entre eux cultivateurs.

« Ce qu’étaient les chasseurs : non plus des jeunes gens, mais des réservistes dont certains étaient d’âge de passer dans la réserve de l’armée territoriale ; depuis le début de la campagne, ils n’avaient jamais eu un jour de véritable repos à l’arrière, et à cette fatigue se joignait, pour beaucoup d’entre eux, originaires de pays envahis, le souci de la famille laissée là-bas et dont ils n’avaient aucune nouvelle ». Lieutenant Paul Simon du 59ème Bataillon de Chasseurs à Pied.

Leur chef : le Lieutenant-Colonel Émile Driant

Saint-Cyrien, Émile Driant démissionne de l’armée en 1906 et mène une carrière liant politique et littérature. II est député de Nancy en 1910. II signe des romans d’anticipation sur la guerre sous le pseudonyme de capitaine Danrit. Malgré son âge et ses fonctions de parlementaire, il réintègre l’année en 1914 et obtient un commandement. En décembre 1915, il use de ses prérogatives d’élu pour dénoncer devant le gouvernement le délabrement des défenses sur le front au Nord de Verdun, alors que les signes préparatoires d’une attaque allemande d’ampleur sont de plus en plus manifestes.

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Les forces en présence

Le Bois des Caures long de 3 kilomètres et large de 500 mètres se situe au Nord de Verdun. Les 1300 Chasseurs de Driant appartenant à la 72ème Division d’Infanterie (D.I.), plus quelques éléments du 165ème Régiment d’Infanterie, font face à deux divisions allemandes du XVIIIème Corps (moitié Ouest du bois : la 21ème Division d’Infanterie comprenant les 81ème, 87ème Régiments d’Infanterie et le 80ème Régiment de Fusiliers ; moitié Est du bois : la 25ème Division d’Infanterie avec les 115ème, 116ème et 117ème Régiments d’Infanterie). Le rapport de force est favorable aux Allemands, soit plus de dix contre un.

Le dispositif Français comprend au Nord-Ouest dans le bois d’Haumont le 362ème Régiment d’Infanterie, au Nord dans le bois de Ville le 1er bataillon du 164ème Régiment d’Infanterie et à l’Est à l’Herbebois le 2ème Bataillon du 164ème RI renforcé par deux compagnies du 243ème RI.

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La première ligne française est organisée de manière discontinue sur les lisières Nord des massifs boisés. A 200 ou 300 mètres à l’intérieur de la forêt, une ligne de soutien est constituée par de petits ouvrages en terre armés de mitrailleuses. Dans le secteur de la 72ème Division uniquement existe une troisième ligne de défense constituée de réduits de combat dont R2, Poste de Commandement bétonné du Lieutenant-colonel Driant encore visible de nos jours.

21 février 1916, l’orage d’acier et la première attaque

La préparation d’artillerie allemande est d’une violence jusqu’alors inégalée et dure neuf heures. « Des volcans de 6 à 12 mètres de large, par milliers, projetaient dans l’espace leurs cônes de terre, de pierraille et d’acier, où voltigeaient des troncs d’arbres fracassés, des rondins d’abris, des morceaux de canons, des débris d’équipements, d’armes et corps humains ».

Les canons longue portée de l’artillerie allemande tirent sur la citadelle, la Cathédrale et la gare de Verdun. Le triangle Brabant-Ornes-Verdun reçoit environ un million d’obus.
A 16 heures, lorsque les vagues d’assaut de l’infanterie allemande s’élancent, les Chasseurs de Driant ne sont plus que 450 survivants.

« Sur cinq poilus, deux sont enterrés vivants sous leur abri écrasé, deux sont plus ou moins blessés et le troisième attend… ». (Caporal Brassard du 59ème BCP).

« La violence du feu avait été telle qu’en sortant de nos abris nous ne reconnaissions plus le paysage auquel nous étions habitués depuis quatre mois. II n’y avait presque plus d’arbres debout, la circulation était très difficile à cause des trous d’obus qui avaient bouleversé le sol […] mais il y avait un tel enchevêtrement de fils de fer et de branches cassées que le tout constituait un sérieux obstacle pour les assaillants » selon le rapport du capitaine Seguin du 59ème BCP.

Après un pilonnage d’une telle intensité, personne n’imagine qu’il peut y avoir encore des hommes prêts à combattre, organisés, et encore dotes de réelles forces morales. « On se bat d’abord à coups de fusil et le sergent Cosyns, d’un tir à répétition à moins de dix mètres, abat sept Allemands, puis la lutte continue à la grenade et enfin, à la baïonnette et coup de crosse ». (le Colonel Grasset).

L’avance allemande avec l’emploi de lance-flammes et l’utilisation de grenades est considérablement ralentie. A la nuit, les Allemands tiennent cependant le bois d’Haumont, le Nord du Bois des Caures, le bois le Comte, une partie du bois de Ville et les premières tranchées de l’Herbebois.

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22 février, les Chasseurs succombent

Le lendemain, l’attaque reprend avec la même intensité et l’emploi massif de l’artillerie. Le bois de Ville tombe aux mains de la Division allemande, le Bois des Caures est donc débordé par l’Est. En fin d’après-midi du 22 février, le lieutenant-colonel Driant, pour échapper à l’encerclement, décide de replier son dispositif en direction du village de Beaumont. II est mortellement blessé lors du repli tel en témoigne le sergent-pionnier Jules Hacquin : « Je venais de me laisser tomber dans un trou d’obus lorsqu’un sergent qui accompagnait le Colonel Driant et le précédait d’un pas ou deux se laissa tomber dans le même trou que moi […] J’ai vu nettement le Colonel Driant sur le rebord même de ce trou d’obus faire le geste d’étendre les bras en disant : « Oh ! là, mon Dieu » puis faire un demi-tour sur lui-même et s’affaisser en arrière, face au bois. […] II ne donnait plus signe de vie, le sang lui coulait d’une blessure à la tête et sortait aussi de la bouche. II avait le teint d’un mort et ses yeux étaient à demi fermés ».

Les Allemands enlèvent Haumont. Les batteries d’artillerie françaises doivent se replier. Brabant menace d’être contourné est évacué dans la nuit du 22 au 23 février. A la fin de la journée du 22, les Allemands sont arrêtés aux lisières Sud du Bois des Caures et l’attaque sur l’Herbebois ne progresse que de 400 mètres. Les objectifs de l’offensive allemande ne sont pas atteints.

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Les unités françaises en ligne et les réserves immédiates continuent d’engager toutes leurs forces et remplissent la mission qui leur a été assignée, c’est-à-dire gagner les délais nécessaires à l’arrivée des réserves générales composées des XXème, Ier et XIIIème Corps d’armée. Des 1300 Chasseurs de Driant, une soixantaine d’hommes du 56ème Bataillon et une cinquantaine du 59ème survivent à l’offensive allemande du 21 février 1916. Ces sacrifices considérables des unités françaises n’empêchent pas les replis encore plus prononcés des 24 et 25 février 1916 avec la chute du fort de Douaumont.

La stèle du lieu de décès de Driant

Cette stèle marque l’endroit où est tombé Émile Driant le 22 février 1916, en menant un combat retardateur contre les troupes allemandes. Il sera inhumé par les Allemands quelques centaines de mètres plus loin.

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La tombe provisoire du Colonel Driant

L’histoire des tombes successives de Driant est compliquée. Enterré par les Allemands sur le champ de bataille, il sera exhumé, identifié et enseveli de nouveau à la même place le 9 août 1919. Il sera de nouveau exhumé le 9 octobre 1922, en vue d’être inhumé sous le monument du Bois des Caures.
La localisation de la tombe aura été communiquée dès le 16 mars 1916 à la veuve du Colonel Driant par la Baronne Schrotter, à la demande de son fils. Celui-ci indique que le colonel a un beau tombeau, qui sera soigné afin d’être retrouvé une fois la paix revenue.

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Le monument commémorant le sacrifice de Driant et de ses chasseurs

Après-guerre, le Souvenir Français forme le projet d’ériger un monument commémorant le sacrifice de Driant et des siens. La réalisation du monument est confiée au sculpteur Grégoire Calvet. Le propriétaire du bois des corps offre la parcelle destinée à l’édification du monument. Le travail est exécuté aux carrières de Rupt-en-Woëvre qui appartient à la société des carrières de Verdun.

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Le 9 octobre 1922, Driant est exhumé, son cercueil est déposé provisoirement dans la chapelle de Ville-devant-Chaumont. Le 21 octobre 1922, le nouveau cercueil de Driant est inhumé sous le monument, avec 13 des chasseurs ayant perdu la vie au Bois des Caures, en présence de Mme Driant et de plusieurs personnalités. Le lendemain, le monument est inauguré en présence du Ministre de la Guerre, André Maginot.

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