Le Lochnagar Crater et les tunnels à La Boisselle

Lochnagar Crater

Textes adaptés ou repris des panneaux explicatifs sur place

Toutes les photos d’époque proviennent du site La Contemporaine et ont été recadrées par souci de lisibilité

La guerre des mines commence dans ce secteur fin décembre 1914. Les Français vont commencer à creuser des galeries dans la craie et, lorsque les Royal Engineers britanniques vont arriver dans la Somme, à l’été 1915, ils récupéreront 66 puits de mine.

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Le village de La Boisselle est à cette époque un bourbier ravagé par les explosions souterraines. Aux tunnels destinés à l’explosion des mines s’ajoutent les tunnels défensifs, destiné à contrecarrer les plans de l’adversaire par l’explosion de camouflets. Les belligérants s’enterrent de plus en plus profondément, creusant entre 9 et 36 mètres de profondeur.

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Le 11 novembre 1915, la 185th Tunneling Company, relayée par la 179th Tunneling Company, démarre la préparation de la bataille de la Somme. Les travaux s’achèvent en mars 1916 par la préparation d’une mine gigantesque sous la Schwaben Höhe.
Deux puits seront creusés, sur une longueur de 304 mètres, à des profondeurs différentes. Seul celui situé à 15 mètres de profondeur sera retenu. Ce travail de longue haleine sera effectué dans des tunnels de 1m40 de haut et 75cm de large. Les déblais seront chargés dans des sacs de toile, stockés au Bois de Bécourt et ramenés pour reboucher le tunnel après la pose des explosifs dans la chambre souterraine.
Le Major Henry M Hance, commandant de la 179th Tunnelling Company, témoigne sur les conditions de travail : [la mission] « était accomplie en silence. Un grand nombre de baïonnettes étaient munies de manches. L’opérateur insérait la pointe dans une fissure du « mur », ou à côté d’un silex, qui étaient nombreux dans la craie, tournait, un autre homme se tenant derrière lui attrapait la pierre qui tombait. »

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L’assaut de la 34ème Division le 1er juillet 1916

A 07h28 le 1er juillet 1916, les détonations des deux grandes mines à Y-Sap dans Mash Valley et à Lochnagar dans Sausage Valley donnent le signal du début de la bataille.
La 34eme Division se compose de « Pals » battalions (bataillons de « copains ») ayant répondu à l’appel de Kitchener mais qui n’ont encore jamais combattu. Elles doivent attaquer les lignes allemandes autour de La Boisselle par les flancs. La division se constitue des 15ème et 16ème Royal Scots (Edinburgh City), du Lincolns (Grimsby Chums), du 11ème Suffolks (Cambridge Pals), et de huit bataillons de Northumberland Fusiliers (Tyneside Scottish et Tyneside Irish).

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Deux minutes après l’explosion des mines, le coup de sifflet est donné et les hommes sortent de la relative sécurité des tranchées. On déplore plus de 75 % de victimes, car les soldats doivent souvent traverser plus de 730 mètres de terrain découvert pour atteindre les barbelés allemands. Ils sont rapidement décimés dans le no man’s land et les survivants cherchent refuge dans le cratère de Lochnagar, tout juste formé.

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Encouragés par leurs joueurs de cornemuse, des bataillons des Tyneside Scottish donnent l’assaut à travers MashValley, entre le cratère deYSap et La Boisselle qui se trouve sur leur droite. Les mitrailleuses déciment ces hommes courageux et ceux qui atteignent les lignes allemandes à 460 mètres sont peu nombreux. Les Tyneside Scottish qui attaquent le point fort allemand de Schwaben Höhe à côté du cratère de Lochnagar doivent parcourir une distance plus courte, mais face au feu tout aussi féroce des mitrailleuses, peu réussissent à atteindre leur objectif.
Les Tyneside Irish ont la plus grande distance à parcourir, ils partent des positions de réserve à un peu plus de 1 km derrière la ligne de front britannique. Des hommes sont abattus lors de leur lente progression depuis les collines exposées. Certains réussissent à avancer malgré tout, un petit groupe atteignant même Contalmaison, leur objectif, mais ils seront perdus plus tard.
La 34ème Division déplore environ 6500 victimes, plus qu’aucune autre ce jour-là.

Monuments du Lochnagar Crater

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L’assaut d’après le récit du Soldat Tom Easton 2ème Bataillon Tyneside Scottish

« Le 1er juillet, je n’avais pas encore vingt ans. Au coup de sifflet donnant le signal de l’assaut, les cornemuses commencèrent jouer et nous avancions vers le cratère côte à côte, nous ne voulions pas avoir l’air lâche. Il y avait des pertes énormes. Sur mille hommes, il ne restait plus qu’un officier et deux cents hommes.
Plus tard, un évènement qui reste gravé dans ma mémoire arriva. Pendant l’assaut, nous longions la ligne de front allemande où j’ai vu l’un de mes meilleurs amis assis sur une position d’artillerie allemande. Il m’appela et lorsque j’arrivai devant lui, il me demanda de m’asseoir. Je protestai, lui disant que nous avions autre chose à faire. Il me dit que ça ne prendrait pas longtemps et me demanda si j’entendais de la musique. Je n’entendis absolument rien. Alors il me décrivit ce qu’il voyait : « Tout le ciel s’ouvrait, des orchestres jouaient, des chorales chantaient et les ancêtres l’appelaient à venir les rejoindre. » Il ouvrit ses bras. « C’est mon vieux père », dit-il, « ils m’attendent ». Il tomba en avant et je vis qu’il n’avait plus de dos, un éclat d’obus lui avait traversé la poitrine.
Ce genre de chose, ça secoue. Mais ce fut pour moi une expérience mémorable, et malgré le choc, cela m’a donné le courage de faire mon devoir de solda
t. »

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Récit du Soldat 1216 Charles R. Frankish, 10th Lincolns (Grimsby Chums)

« L’attente nous a semblé longue jusqu’à 07h28 quand la mine a sauté. Je me souviens que la terre tremblait comme du jelly. On nous avait dit que ce serait du gâteau d’avancer, car les tranchées seraient détruites et la plupart des troupes tuées, mais nous savions que ce n ‘était pas vrai, puisqu’à plusieurs reprises avant l’assaut nous avions montré nos soldats factices (des tuniques rembourrées de paille, portant des masques à gaz et des casques). La réponse avait été une grêle terrible de tirs de mitrailleuses et de fusils.
Au bout de deux minutes, nous avons quitté les tranchées pour le bourbier du no man ‘s land. Le feu des armes légères et des obus était nourri. Je n’étais pas encore allé bien loin lorsqu’une balle a frappé mon équipement, me faisant tourner comme une toupie, mais je n’étais pas blessé. Pour moi, avancer était d’autant plus pénible que je portais deux mortiers de tranchée dans un sac de sable.
A environ mi-chemin des tranchées allemandes, j’ai ressenti un grand coup à l’avant-bras gauche. Je me suis effondré dans le trou d’obus le plus proche, mon bras totalement inutile, vraisemblablement cassé.
Enfin, j’ai pu atteindre le Poste de Secours d’Ambulance de Campagne n°102, où j’ai profité de mon meilleur sommeil depuis des mois.
 »

En une distance d’attaque de 450m, les Grimsby Chums, partis à 840 hommes, déplorent 500 victimes, dont 180 morts.

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Les 15ème et 16ème Royal Scots – Les bataillons de la Ville d’Edimbourg

« Nous étions dans le no man’s land, en attente. La Terre entière semblait bouger, le sol s’est déplacé sur le côté en allers-retours trois fois avant l’ultime explosion de la mine. J’ai vu des débris s’envoler à des centaines de mètres en l’air avant de retomber dans un fracas pire qu’un bombardement. J’ai pensé : « c’est la fin ! » et je me suis enfoui la tête sous mon casque et mes bras, attendant la première frappe. Mais elle m’a épargné, alors que ce ne fut pas le cas de quelques hommes à ma gauche. »

171763_La Boisselle. Revue de troupes du Royal écossais relevées des tranchées - Décembre 1916
Revue de troupes du Royal écossais relevées des tranchées

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L’expérience d’un défenseur allemand

Les 110ème et 111ème Régiments d’Infanterie de Réserve de Baden (RIR) tiennent la ligne face à la 34ème Division. Malgré de lourdes pertes, la plupart des abris souterrains restent intacts, bien que ces régiments souffrent amèrement sous les tirs de barrage qui durent depuis une semaine. Le matin du 1er juillet arrive et, à 07h28, les deux énormes mines situées de chaque côté de La Boisselle explosent et pendant plusieurs minutes, une pluie de pierres s’abat sur tout le secteur.

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Selon les rapports allemands, « la moitié de la 7ème Compagnie fut blessée et la 5ème Compagnie ne put rassembler que 15 hommes. La 2ème Compagnie fut totalement décimée.
Très rapidement, par vagues, des hommes marchant au pas se lèvent des tranchées britanniques de chaque côté de vallée de Bécourt, suivis par d’épaisses colonnes de soldats depuis le Bois de Bécourt. C’est ainsi que l’ennemi a été laminé, par l’imbroglio des tranchées et l’enchevêtrement des barbelées.
Nous sommes sortis de nos abris, avons préparé nos mitrailleuses, et attendu en silence l’ennemi qui venait vers nous. Alors que les assaillants n’étaient plus qu’à quelques mètres des barbelées, un ouragan de tirs s’est déchaîné sur ces épaisses vagues de soldats. Certains défenseurs, plein d’assurance, se sont mis debout sur les parapets, lançant des grenades et tirant au fusil, tout enfumant la pipe. En à peine une minute, le no man’s land a semblé désert. Mais les Britanniques ont continué d’affluer vers nous et, pendant deux heures, le sifflement des balles des défenseurs a résonné.
Finalement, cette partie de la bataille dans la vallée de Bécourt se calme, mais les Britanniques, qui avaient de si grands espoirs de succès ce matin-là, ne tiennent que le trou de mine.
 »

L’îlot de La Boisselle (Glory Hole ou Granathof)

Les troupes françaises ont contenu l’avance allemande sur Albert et Amiens, à La Boisselle le 28 septembre 1914. Les combats se sont immédiatement concentrés sur le site de l’ilot, où se trouvait une ferme progressivement détruite par des attaques successives de part et d’autre.

L’Ilôt en 1915

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Contraints d’abandonner La Boisselle le 28 septembre 1914, les Français reprennent, le 24 décembre, le corps de ferme situé au sud du village, initialement appelé « Granathof » par les Allemands. Mais ils ne pourront progresser davantage, les Allemands ayant transformé le village en véritable forteresse.
Moins de trente mètres séparent les tranchées ennemies et le site est très vite connu comme étant le plus dangereux du front Ouest. De part et d’autre, les hommes vivent dans la crainte constante des tirs de mortiers, de grenades et des tirs de snipers. Côté Français, des soldats de toutes origines sont chargés de l’aménagement des tranchées. Cet endroit est alors connu sous le nom de l’« Îlot ».
Après s’être emparé de la ferme, les soldats français commencent à creuser des galeries souterraines, en partant des caves existantes, dans le but d’y faire exploser des mines destinées à détruire le dense réseau de tranchées ennemies. Les Allemands font aussitôt de même. Les deux camps s’installent progressivement sous terre à des profondeurs de plus en plus importantes.
Fin juillet 1915 a lieu la relève Britannique. Suivant les conseils des ingénieurs français, la ligne de front recule sensiblement et le réseau de galeries devient de plus en plus profond, allant jusqu’à atteindre la nappe phréatique située à 36 mètres de profondeur. C’est alors qu’apparait l’expression « Glory Hole » dans les journaux de marche des régiments Britanniques.
De décembre 1914 à juillet 1916, 35 puits et plusieurs kilomètres de galeries sont ainsi creusés. 110 explosions sont répertoriées donnant au site son aspect actuel. Au cours de ces explosions, plusieurs dizaines de sapeurs mineurs Français, Britanniques ou Allemands sont ensevelis et reposent aujourd’hui à des profondeurs diverses.
Lors de l’offensive du 1er juillet 1916, les Britanniques évitent cette partie de la ligne de front en raison de l’importance de la résistance Allemande. En cherchant à s’emparer du village par encerclement, les soldats de la 34e division britannique représentent des cibles faciles à atteindre pour les soldats allemands, retranchés avec leurs mitrailleuses sur les hauteurs de ce site.

La Boisselle

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