Le tunnel ferroviaire reliant Moyeuvre-Grande à Jœuf

Entrée côté Moyeuvre-Grande

Site dangereux, visite intérieure interdite au public !

Lorsque l’on évoque la ligne ferroviaire allant de Saint Hilaire au Temple à Hagondange, on pense en premier lieu au tristement célèbre tunnel de Tavannes, situé près de Verdun. Cependant, un autre tunnel mérite notre attention. Retraçons d’abord rapidement l’histoire de la ligne en question.

Créée par convention le 1er mai 1863, déclarée d’utilité publique le 11 juin 1863, sa première portion reliant Saint Hilaire au Temple à Sainte Menehould est mise en service le 23 juillet 1867. Elle atteindra Verdun le 14 avril 1870.

Carte représentant la frontière après l’annexion. Moyeuvre Grande figure au nord ouest de la carte, près de Briey

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Suite au traité de Francfort du 10 mai 1871 entraînant l’annexion des territoires de l’Est (une partie de la Meurthe, une partie de la Moselle, les cantons vosgiens de Saales et de Schirmeck, l’Alsace à l’exception du territoire de Belfort), il est devenu nécessaire de relier le nord de la Meurthe et Moselle à Nancy. La ligne atteindra la ville de Conflans-Jarny le 7 juin 1873, et sera raccordée à la portion déjà existante allant de Conflans-Jarny à Valleroy-Moineville. Enfin, la ligne desservira Homécourt, ville frontalière du Reich allemand, le 20 juillet 1882.

Côté allemand, une ligne reliant Hagondange à Moyeuvre-Grande, ville frontalière de la république française, est inaugurée le 15 novembre 1888.

A cette date, une portion de 4 km supplémentaires permettrait de relier Homécourt-Jœuf à Moyeuvre, et ainsi d’assurer la liaison frontalière entre les deux villes, grands centres industriels de l’époque. En effet, la Compagnie des forges et aciéries de la Marine et d’Homécourt, de Saint-Chamond, dispose d’un grand centre industriel à Homécourt (qui fabriquera des blindages, canons, affûts avant la première guerre mondiale). Moyeuvre dispose de forges et mines de fer de premier ordre. Relier les deux villes permettrait de mettre en liaison ces deux centres industriels et de bénéficier des retombées économiques résultant de leurs échanges. Les autorités des deux pays sont cependant réticentes à un tel projet, qui présenterait un danger du point de vue stratégique (Metz, grand centre militaire allemand, n’est en effet qu’à une trentaine de kilomètres de Jœuf ).

Le journal « Le Temps », dans son numéro du 12 septembre 1904, indiquait : « C’est à tort que l’on avait annoncé une entente entre les gouvernements français et allemand pour l’exploitation d’une voie ferrée électrique, reliant Gross-Moyeuvre (Lorraine) à Jœuf et Homécourt, grands centres métallurgiques de Meurthe-et-Moselle.
Ce projet, pompeusement qualifié de voie ferrée par les journaux, se réduit à un omnibus électrique trolley et sans rails, destiné au transport des voyageurs seulement.
C’est un ingénieur belge qui sollicite la concession, encore à l’étude. La compagnie qui sera formée se propose de fournir l’éclairage électrique aux communes françaises d’Homécourt et Jœuf. Le gouvernement français, souvent sollicité pour l’établissement d’une véritable voie ferrée entre Moyeuvre et Homécourt-Jœuf, s’est constamment refusé à donner cette autorisation. L’administration allemande, elle-même, n’a jamais voulu étudier la création d’une ligne ferrée faite à ses frais jusqu’à la frontière française. Cette situation durera longtemps encore, selon toute probabilité. »

Le premier tunnel reliant Moyeuvre Grande à Jœuf.

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La première guerre mondiale modifie cet état de fait car la zone sera occupée jusqu’à l’armistice.
L’occupant, afin de bénéficier de manière optimale des ressources industrielles de la zone (qui ne seront pas bombardés par les Français, ce qui donnera lieu à de vives critiques après-guerre), percera fin 1914 les deux tunnels permettant de relier Moyeuvre à Homécourt. Le journal « La Charente » publiera dans son numéro du 26 janvier 1915 : « L’histoire paraît plutôt comique à un rédacteur de la Frankfurter Zeitung, qui la raconte. Nous la trouvons passablement intéressante. Pour une fois, les Allemands auront fait quelque chose d’utile. Ils auront travaillé pour la France. Voici :
Depuis de longues années, les industriels du bassin de Briey, et ceux de la Lorraine annexée, réclamaient l’ouverture d’un tunnel entre Jœuf, en territoire français, et Grand-Moyeuvre, en territoire annexé, destiné à faciliter les communications entre les deux pays.
Les projets établis par les ingénieurs montraient que le tunnel en question aurait permis de gagner une centaine de kilomètres sur le chemin de fer fonctionnant par voie indirecte entre ces deux localités.
Le gouvernement allemand, sollicité de donner son adhésion, ne l’avait pas refusée. Le gouvernement français l’avait refusée. Il y avait mille bonnes raisons pour nous de ne pas consentir à abréger de ce côté-là à nos ennemis, le chemin de l’invasion dans un pays ouvert.
La guerre arriva.
Aussitôt entrés dans la région, savez-vous à quoi, tout d’abord, les Allemands ont songé ? Comme ils étaient définitivement installés en Meurthe-et-Moselle, ils ont amené de l’autre côté de la frontière, une véritable armée d’ouvriers et d’ingénieurs, et ils les ont chargés de construire le tunnel dans le plus court délai.
Les travaux, relativement faciles, ont duré deux mois. Ils ont coûté au Trésor allemand la somme de 32 millions.
C’est une avance en nature sur l’indemnité à venir. 
»

Ainsi, un tunnel semblant sans importance, long de seulement 270 mètres, peut cacher une histoire insolite, et peu nombreux sont les voyageurs conscients de cette histoire dans les trains circulant entre Jœuf et Moyeuvre.

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