Les tourelles pour deux canons de 75 R Mle 1905

Coupe axonométrique tourelle de 75

Coupe axonométrique du massif bétonné d’une tourelle de 75, source Le fort d’Uxegney, 40 ans d’histoire de la fortification en France, A.R.F.U.P.E.

Les tourelles pour deux canons de 75 à tir rapide modèle 1905 sont peut-être les plus populaires auprès du grand public. Et pour cause, leur forme n’est pas sans rappeler celles installées dans la ligne Maginot (tourelle de 75 mm Mle 1933), qui en reprennent le principe de fonctionnement. Certaines d’entre elles, n’ayant pu être installées en 1914, seront par ailleurs modifiées en tourelles pour armes mixtes puis intégrées aux ouvrages d’infanterie de la ligne Maginot (par exemple, celle prévue pour la Batterie de l’Éperon de Frouard sera installée à l’ouvrage d’Eth, puis ferraillée en 1941).

La tourelle du fort de Frouard et son observatoire (photos 1 à 5), le bloc de la tourelle de l’ouvrage de Froideterre (photos 6 à 9), la tourelle du fort de Douaumont (photo 10), un voussoir de la tourelle détruite du fort de Vaux (photo 11) et la tourelle du fort d’Uxegney (photo 12)

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Cette tourelle est une évolution de la tourelle de 57 mm développée par le
Lieutenant-Colonel Bussière en 1893, destinée au flanquement des intervalles et à la défense propre des ouvrages. Son principe de fonctionnement est simple : un balancier d’équilibre de 4 mètres est actionné par deux hommes pour mettre en position de batterie ou d’éclipse la tourelle. La partie mobile repose sur l’une des extrémités du balancier, tandis qu’un contrepoids de 6 tonnes se trouve à l’autre extrémité pour équilibrer l’ensemble et rendre plus facile les manœuvres. Un ventilateur actionné manuellement permet d’évacuer les gaz de tir, et un sac en toile amiantée permet de récupérer les douilles tirées pour les recharger en usine.

L’étage inférieur de la tourelle de l’ouvrage de Froideterre (photo 1), du fort d’Uxegney avec zoom sur le balancier et le ventilateur (photos 2 & 3), du fort de Frouard avec zoom sur le balancier, l’axe reliant la partie mobile au balancier, la manivelle permettant de mettre en mouvement le balancier et l’axe autour duquel s’effectue le mouvement, la sortie des douilles tirées (photos 5 à 8)

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La visée peut être faite directement par le chef de pièce grâce à un orifice situé entre les embrasures des canons, mais également grâce à une tôle panorama et une circulaire de pointage situées à l’étage intermédiaire.
L’ensemble des parties métalliques pèse 85 tonnes, et un équipage composé d’un officier et de 15 hommes est nécessaire pour servir la pièce. Son coût est de 125 000 francs (498 938 €) pour le cuirassement et 25 000 francs (99 788 €) pour les substructions en 1909.

L’étage intermédiaire de la tourelle de l’ouvrage de Froideterre (photo 1), du fort d’Uxegney avec zoom sur un monte obus (photos 2 à 4), du fort de Frouard avec zoom sur le mécanisme de rotation, le contrepoids des canons dans le pivot central, un monte-obus, le mécanisme servant au changement des canons et l’indication du secteur dangereux (photos 5 à 12), l’indication du secteur dangereux de la tourelle d’Uxegney (photo 13)

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Dans son cours sur les cuirassements daté de 1909, le Capitaine Tricaud décrit de la façon suivante le fonctionnement de la tourelle dans le combat :
Le commandant, situé dans un observatoire relié à la tourelle par communication acoustique, observent la zone à couvrir et déterminent la distance du but. Il prend son orientation au goniomètre puis transmet les coordonnées au pointeur. Une fois l’orientation effectué par le pointeur, il commande la mise en batterie et le feu rapide. Une fois le but atteint, l’ordre de mise en éclipse est donné pour protéger la tourelle des tirs de contre-batterie ennemis.

Schéma du débouchoir et débouchoir du fort d’Uxegney (photos 1 & 2), schéma du goniomètre de siège, goniomètre de siège, supports du goniomètre dans un observatoire cuirassé et goniomètre dans un observatoire de la batterie de l’Éperon de Frouard (photos 3 à 7)

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Cette tourelle présente les particularités suivantes :

  • Le mouvement d’éclipse n’a pas forcément besoin d’être rapide, la tourelle restant en batterie pour exploiter au maximum la vitesse de feu des canons et simplifier le mécanisme. Ainsi virgule au lieu d’un balancier roulant sur palier ovoïde, comme dans les tourelles Galopin, le bras pivote autour d’un axe ;
  • Le pointeur peut viser directement sur l’objectif et le suivre grâce à un dispositif de mouvement lent ;
  • Le cuirassement de muraille est peu exposé de par la rapidité d’action de la tourelle. Elle peut donc s’abriter avant le bombardement ennemi.

Accès à la chambre de tir, chambre de tir avec détail sur les embrasures et l’intérieur d’un monte obus de la tourelle du fort de Frouard (photos 1 à 6), canon en place dans la tourelle du fort d’Uxegney (photo 7)

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La description suivante proviens du cours sur les cuirassement de 1909 du Capitaine Tricaud .

Cuirassement (fig.26)
Le cuirassement comprend d’abord une muraille en acier mi-dur moulé d’un seul morceau et portant deux embrasures entre lesquelles se trouve un créneau de visée. Son épaisseur varie d’un point à l’autre de 0m15 à 0m20 ; son profil est celui d’un fer en U a âme verticale. Grâce à cette forme, l’espace entre la muraille et l’avant cuirasse tend à augmenter lorsque la tourelle commence son mouvement de montée ou de descente. Si donc des corps étrangers se sont introduits dans cet espace, ils n’empêcheront pas la tourelle de se mettre en mouvement et auront beaucoup de chance pour tomber ensuite d’eux-mêmes au pied de l’avant-cuirasse, d’où on pourra les retirer, grâce à un passage ménagé à cet effet.
La muraille est réunie au cuirassement de toiture par un assemblage particulier qui lui a fait donner le nom de sablière.
La toiture est formée d’une plaque en fer laminé de 0m30 d’épaisseur munie d’un doublage composé de plusieurs tôles douces.

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Corps cylindrique.
Le cuirassement repose sur un corps cylindrique en tôles et cornières constituant les parois et le plancher de la chambre de tir et portant le guidage supérieur. La verticale du centre de gravité du corps cylindrique ne coïncide pas avec l’axe de ce cylindre. Aussi le guidage supérieur comprend-t-il 2 galets fixés à la partie mobile et appuyant sur la couronne de guidage fixe.

Pivot tubulaire.
Le corps cylindrique est assemblé à un pivot tubulaire. Celui-ci présente une rainure circulaire pour le logement des pênes des quatre verrous qui sont fixés au plancher de l’étage intermédiaire et qui immobilisent la tourelle en batterie. Il porte le guidage inférieur. Il est terminé par un fond en acier moulé nommé croisillon. Cette pièce contient un lisoir reposant sur une sellette par l’intermédiaire d’une couronne de galets tronconiques en acier. C’est en partie sur cette couronne que se fait la rotation de la tourelle.

Bielle de soulèvement.
Au-dessous du croisillon est fixée la bielle de soulèvement. Celle-ci est terminée par une rotule qui est emprisonnée dans deux pièces en bronze. C’est en partie sur cette rotule que se fait la rotation de la tourelle.

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Balancier d’équilibre.
La bielle de soulèvement repose sur l’extrémité d’un balancier d’équilibre portant de l’autre côté un contrepoids. Le balancier tourillonne autour d’un axe fixe horizontal.

Mise en batterie. Pour mettre la tourelle en batterie, on agit sur deux manivelles montées sur un même axe dont les paliers sont rivés au balancier. On fait ainsi tourner un pignon droit également lié au balancier et engrenant avec une crémaillère courbe fixe.
Un verrou manœuvré à la main permet d’immobiliser la tourelle dans sa position d’éclipse de manière à éviter toute manœuvre intempestive

Substructions.
La tourelle est placée dans une sorte de puits dont la margelle est formée d’une avant-cuirasse comprenant trois morceaux en fonte dure de 0m35 d’épaisseur au maximum.

Armement.
L’armement consiste en deux canons de 75 ayant, à quelques détails près, la même culasse que le canon de campagne, mais plus courts de 0m69. Ils tirent la même cartouche que ce dernier canon ; par suite la vitesse initiale est moindre.
L’affût permet aux pièces de tourner autour d’un point situé au milieu de l’embrasure et de reculer suivant leurs axes ; ce sont là les conditions nécessaires pour réaliser l’embrasure minimum absolue.

Canons en cours de restauration à la batterie de l’Éperon de Frouard (photos 1 à 4), un tube de rechange aux forts de Vaux et d’Uxegney (photos 5 & 6)

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Obturateur. (Fig.27)
L’obturateur comprend une pièce en bronze en deux parties ayant la forme d’une sphère creuse.
On les maintient réunies l’une à l’autre en les vissant sur un anneau en acier et l’ensemble est immobilisé dans l’embrasure au moyen de deux fortes clavettes (ces clavettes subissent toute la réaction due au recul des pièces.) verticales, qui prennent appui sur un renfort de la sablière, venu de fonte avec elle.
Ces diverses ,pièces servent à maintenir dans le cuirassement un manchon guide de volée, terminé par une tête sphérique et dans lequel le canon peut coulisser.

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Affût.
Celui-ci est encore guidé à l’arriéré par un autre manchon dit guide de culasse, réuni invariablement au premier par quatre entretoises. Le recul est limité par un frein hydraulique comprenant deux cylindres fixes reliés aux manchons.
Les tiges des pistons sont réunies au canon par une frette vissée sur le renfort de la pièce, elles compriment en reculant une pile de ressorts qui ramène ensuite le canon en batterie.

Affût en cours de restauration à la batterie de l’Éperon de Frouard

Équilibrage des canons.
Chacun des deux manchons guides de culasse repose sur une bielle à l’extrémité de laquelle se trouve une chaîne attachée à une poulie. Les deux poulies existant ainsi, ou secteurs d’équilibre, sont calées sur un même axe qui porte encore un troisième secteur auquel est attaché le contrepoids d’équilibre.
Les deux affûts possédant un contrepoids unique, les pièces sont solidaires l’une de l’autre. La liaison est encore complétée par une entretoise courbe réunissant à leur partie supérieure les deux manchons guides de culasse.

Pointage en hauteur.
Le pointage peut être direct ou indirect suivant la manière dont on utilise les appareils.
Pour pointer en hauteur, on donne séparément l’angle de site et l’angle correspondant à la distance. A cet effet, le manchon guide de culasse repose par un pignon sur la denture supérieure d’un arc à deux, dentures, dont le centre est celui de l’embrasure et qui est relié par un parallélogramme au support du goniomètre installé devant le créneau de visée.
Un premier pointeur peut au moyen d’un volant faire tourner un pignon qui engrène avec la denture inférieure de l’arc à double denture et qui fait tourner cet arc (et par suite aussi le goniomètre), autour du centre des embrasures. Dans le pointage direct c’est en amenant sur le but grâce à ce volant la ligne de visée du goniomètre, que le pointeur donne l’angle de site ; dans le pointage indirect, il utilise le niveau du goniomètre.
Un deuxième pointeur en agissant par une manivelle sur le pignon reposant sur la denture supérieure, donne à la pièce l’angle correspondant à la distance.
Les deux canons étant solidaires, les appareils de pointage en hauteur ne sont appliqués qu’à un seul d’entre eux, celui de droite.

Pointage en direction.
On donne de grands déplacements à la tourelle en agissant sur un treuil (on peut embrayer sur ce même treuil le mécanisme de démontage des canons) fixé au pivot tubulaire. Cet appareil fait tourner un long pignon qui engrène avec une circulaire dentée scellée dans les substructions.
Pour achever le pointage, le premier pointeur, qui donne déjà l’angle de site, peut embrayer au moyen d’une pédale un petit volant qui, manœuvré à la main permet de faire tourner lentement le pignon et de donner de faibles déplacements à la tourelle; dans le pointage direct, il vise sur le but ; dans le pointage indirect, il se base sur un appareil nommé tambour des dérives et dont nous parlerons plus loin.
Pour empêcher que la tourelle ne se dépointe sous l’action du recul des pièces, la commande du long pignon comprend une vis sans fin, c’est-à-dire un organe qui n’est pas réversible.
Il pourrait arriver que le choc d’un projectile tendît à faire tourner la tourelle et détériorât les organes qui s’opposent à ce mouvement. Pour éviter cet accident, le pignon contient un limitateur de force ; Ce pignon est réuni à son axe grâce au frottement qu’exerce une sorte de verrou sur une gâche contre laquelle il est pressé par un ressort.
Lorsque la tendance au mouvement dépasse une certaine valeur, le verrou glisse sur sa surface d’appui et le pignon peut tourner indépendamment de son axe ; la tourelle cède ainsi légèrement au choc violent et, une fois celui-ci absorbé, revient, grâce au ressort, à sa position primitive.
L’orientement de la tourelle peut être lu sur une circulaire graduée fixe sur laquelle se déplace une main entraînée par la tourelle grâce à un bras télescopique.
D’autre part, les petits déplacements de la tourelle peuvent être lus directement par le pointeur sur un tambour des dérives qui enregistre les mouvements du long pignon (c’est à cause de cette liaison du long pignon et du tambour des dérives que le limitateur de force doit, non seulement comme dans la tourelle Galopin permettre la rotation de la tourelle sous l’effet d’un choc violent, mais encore la ramener ensuite à sa position primitive).

Détail de la règle de pointage de la tourelle de 75
Circulaire de pointage de la tourelle du fort d’Uxegney

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Approvisionnement en munitions.
Des magasins placés dans les substructions de la tourelle contiennent la majeure partie des approvisionnements en projectiles. De plus l’étage intermédiaire possède 4 armoires pour environ 700 projectiles.
Ceux-ci sont montés dans la chambre de tir au moyen de deux monte-charges dont le fonctionnement est indiqué figure 28. La cartouche est mise dans une sorte de hotte suspendue au moyen de deux tourillons à deux chaînes sans fin qui passent chacune sur deux poulies. Celles-ci sont placées à l’intérieur d’un tube fixé au plancher de la chambre de tir. Une manivelle permet de faire tourner les poulies inférieures et par conséquent de faire décrire à la hotte un circuit fermé entre l’étage intermédiaire et celui qui est au-dessus.
La hotte porte une tige terminée par un ergot directeur qui entre dans une rainure guide placée à la partie supérieure du monte-charge. Grâce à cette liaison le projectile, une fois dans la chambre de tir, s’incline de façon qu’il soit facile à saisir par le servant qui charge le canon. Cette inclinaison déplace en même temps un pavillon qui immobilise le monte-charge tant que le projectile n’a pas été saisi.

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Ventilation.
A l’étage inférieur se trouve un ventilateur (le ventilateur employé dans les tourelles françaises est mu par 2 hommes. Son débit, à l’air libre, est de 35m3 par minute, qui aspire au moyen de deux manches l’air vicié au-dessus de la culasse des pièces).
Le tuyau d’aspiration est en communication avec deux hottes placées derrière les pièces et qui reçoivent les douilles vides. Ces hottes sont fermées par des clapets qui ne s’ouvrent, que sous le poids des douilles. Celles-ci passent dans un tuyau fixé au croisillon et tombent finalement dans un sac en toile amiantine place à l’étage inférieur.
Grâce à cette liaison du système d’évacuation des douilles et du conduit d’aspiration, la fumée qui reste en grande quantité à l’intérieur des douilles ne peut se répandre dans la tourelle.
Il n’existe aucune disposition spéciale pour relier les parties fixes et mobiles du conduit d’aspiration des fumées. Le tuyau venant du ventilateur débouche simplement dans un caisson en tôle fixé au-dessus de la cuve de guidage.

Manœuvres de la tourelle de 75 du fort d’Uxegney

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