Instruction sur le tir du canon

6é bataillon d'artillerie - Toul

Ce document, tiré du manuel de connaissances militaires pratiques, 18e édition (1888), donne une formation basique sur le fonctionnement de l’artillerie aux futurs officiers et sous officiers de l’armée active et de la réserve.


Sommaire :

Titre V.

Tir du fusil. – Tir du canon


CHAPITRE II.

TIR DU CANON.


§ 1er. Données sommaires relatives aux bouches à feu.

Sans faire de balistique et sans avoir la prétention d’étudier à fond des questions techniques qui rentrent dans les attributions d’une arme spéciale, il faut cependant, lorsqu’on est appelé, ne fût-ce qu’incidemment et dans une lecture, à s’occuper de questions d’artillerie, posséder quelques données positives et connaitre la valeur des termes employés.
En profitant d’un séjour dans une garnison d’artillerie, on pourra facilement compléter son instruction.

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Poudres de guerre. – 801. – La poudre de guerre est un mélange intime de salpêtre, de soufre et de charbon. On applique aussi cette dénomination à d’autres produits explosifs de compositions variées.
Les poudres de guerre sont aujourd’hui fabriquées par le procédé aux meules pour la poudre à fusil, par le procédé des pilons pour la poudre à canon ordinaire, par le procédé aux meules et presses pour la poudre à canon à gros grains. (1)
(1) Poudre F1 à fusil. — Le mélange est placé sur une aire horizontale et soumis pendant trois heures la pression de lourdes meules verticales en fonte qui écrasent les matières et en forment des galettes. La galette est portée dans un grenoir mécanique composé de trois tamis superposés. Dans le premier tamis, la galette est concassée par un tourteau en bois ; le second tamis arrête les grains trop gros ; le troisième laisse passer les grains trop petits. La poudre est ensuite lissée, séchée et époussetée. Les dimensions du grain doivent être comprises entre 0,8mm et 1,4mm.
La poudre à canon est disposée, au sortir du grenoir, en galettes que l’on comprime à la presse hydraulique, de manière leur donner l’épaisseur que doivent avoir les grains. Ces sont placées ensuite sur une trémie : on les brise avec un maillet en bois garni de pointes de laiton convenablement espacées pour obtenir les dimensions voulues du grain.

La poudre à fusil, dite Poudre F se compose de 77 p. 100 de salpêtre, 8 p. 100 de soufre, 45 p. 100 de charbon noir.
Pour les motifs qui vont être indiqués, on a été amené à adopter diverses espèces de poudres à canon dites poudres à gros grains, à grains moulés et percés de canaux, poudres comprimées en rondelles.
En France, ces poudres à canon ne diffèrent entre elles que par la densité et la grosseur des grains ; elles ont la mème composition qui est de 75 p. 100 de salpêtre, 40 de soufre et 15 de charbon noir.
En France, les poudres sont transportées dans des barils et dans des caisses contenant 30 kilogrammes environ, d’un poids brut de 80 kg.

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Effets de la poudre dans le canon. Poudres lentes, poudres vives. Vitesse initiale.

802. – La masse gazeuse produite par l’inflammation de la poudre tend à se dilater et exerce sa pression sur les parois du canon, sur la culasse et sur le projectile. Les parois fixes de l’âme empêchent l’expansion des gaz dans le sens perpendiculaire à l’axe du canon, tandis que le projectile et le fond de l’âme, n’étant pas reliés ensemble, prennent des mouvements en sens opposés (Projection du projectile et recul de pièce).
La longueur d’âme du canon est calculée de manière à utiliser le mieux possible les effets d’impulsion de la poudre sur le projectile, tout en évitant les dimensions exagérées qui seraient de nature à gêner le service de la bouche à feu.

803. – On appelle vitesse initiale la vitesse que possède le projectile au moment où il sort de la bouche à feu. Elle est indiquée pour chaque bouche à feu en tête de sa « table de tir ». Cette vitesse est proportionnelle à la somme des impulsions que le projectile reçoit pendant son trajet dans l’âme du canon ; elle a une Influence considérable sur la portée ; c’est d’elle que dépend beaucoup la vitesse restante et, par suite, l’effet des projectiles au moment où ils éclatent.

804. – Il y a donc grand intérêt à obtenir des vitesses initiales considérables et à utiliser le mieux possible la force d’impulsion de la poudre, à la condition toutefois de garantir les parois du canon ainsi que le mécanisme de la culasse contre l’énergie destructive des gaz de poudre, de ne pas fatiguer la pièce et de ne pas compromettre finalement la résistance de la bouche à feu.
« Si la charge brûle instantanément, le projectile reçoit instantanément un choc violent, mais cet effort cessant ou diminuant aussitôt, la vitesse d’impulsion qu’il avait reçue est en partie détruite ultérieurement par les résistances qu’il est obligé de vaincre pendant son trajet dans l’âme. »
« Si la charge brûle progressivement au contraire, le projectile est tout d’abord chassé avec une moindre vitesse ; mais pendant tout le temps de son trajet dans l’âme, il reçoit chaque instant une impulsion nouvelle, par suite de la production progressive de nouveaux gaz ; et, finalement, il peut sortir de la pièce une vitesse plus sans avoir reçu de choc brisant et sans que la pièce, de son côté, ait été fatiguée comme dans le premier cas. »
« Quand une poudre prend feu dans un espace fermé, la vitesse d’inflammation, c’est-à-dire la vitesse de transmission du feu est si grande, que l’on peut considérer les surfaces de tous les grains comme enflammées simultanément. »
« La vitesse de combustion de de ces grains, de la surface au centre, est au contraire très appréciable. »
« Si les grains sont un peu gros, chacun d’eux mettra un certain temps brûler ; le volume total de gaz que peut donner la charge entière ne se produira donc pas instantanément, comme cela aurait lieu si les grains étaient petits. II y aura, par conséquent, avantage avoir des grains un peu gros, pour obtenir un effort prolongé sur le culot du projectile. »
(Capitaine PLESSIX, Cours spécial d’artillerie.)
La vitesse initiale est proportionnelle à la somme des impulsions que le projectile reçoit pendant son trajet dans l’âme. D’autre part, on a réussi à fabriquer des poudres tentes ou progressives, dans lesquelles la vitesse d’émission des gaz augmente à mesure que la combustion s’avance. On voit donc qu’il est possible de diminuer la tension des gaz de la poudre au moment de l’inflammation, de manière à n’obtenir la pression maxima que lorsque le projectile a déjà parcouru une certaine partie de l’âme ; on atténue l’effet de surprise qu’exercerait sur le métal de la pièce le choc violent résultant de l’inflammation instantanée de toute la charge ; on peut employer des charges plus fortes qui détérioreraient le canon, si au lieu d’être en poudre lente, elles étaient en poudre vive ou brisante (ancienne poudre à canon) ; on obtient finalement des vitesses initiales plus grandes que par le passé et sans compromettre la sécurité de la pièce.
Il faut remarquer quo ce résultat ne se produirait pas d’une manière sensible si la longueur des pièces n’avait pas été augmentée, de manière permettre à la poudra de produire tout son effet tout en brûlant plus lentement.

805. – La durée de combustion de la charge augmentant avec l’épaisseur et la densité des grains de poudre, les poudres à grains denses, durs et relativement gros sont des poudres lentes à effet progressif ; les poudres à petit grain et de faible densité sont des poudres vives ou brisantes. Les premières sont, ainsi que nous venons de le constater, préférables pour le tir du canon et ont été adoptées par l’artillerie. On peut utiliser les poudres vives et obtenir cependant un effet progressif, et relativement lent, au moyen de rondelles en poudre comprimée ayant la forme d’un cylindre creux et présentant un vide central ; ce vide central permet une première détente des gaz et diminue le choc brusque au départ. (Gargousses des canons de 5 et 7 du système de Reffye.)
Les poudres à canon à gros grains employées en France sont la poudre C1 pour les canons de campagne et les poudres SPI et SP2 pour les canons de siège et de place.

806. – La vitesse initiale d’un projectile tiré dans une pièce donnée avec une charge déterminée de poudre est influencée par : la grosseur et la densité des grains de la poudre ; par l’humidité de la poudre, qui est une cause de diminution ; par le poids de la charge, qui est, dans certaines limites, une cause d’augmentation de la vitesse ; par le poids du projectile, qui est une cause de diminution de la vitesse ; par la position du point d’inflammation, la meilleure position est à un peu moins de la moitié de la longueur de la charge ; par le développement en longueur de l’âme, qui est, dans certaines limites, une cause d’augmentation de la vitesse.

807. – La tension de la trajectoire et l’étendue de la portée sont influencées, toutes choses égales d’ailleurs, par la vitesse initiale du projectile, par sa forme et par sa vitesse de rotation. La régularité de la portée dépend de la bonne qualité de la poudre et du dosage uniforme des charges. – La justesse en direction est influencée par le bon centrage du projectile et par les agents atmosphériques.

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Nature des bouches à feu. Calibres. Rayures.

808. – Les bouches à feu actuellement en service en Europe comprennent :
1° Celles à âme lisse, se chargeant par la bouche et tirant des projectiles sphériques : ce sont des canons tirant des boulets pleins, des obusiers tirant des obus ou projectiles creux, des canons-obusiers tirant à volonté des boulets ou des obus, des mortiers tirant des bombes ou obus à grandes dimensions.
2° Les bouches à feu rayées, se chargeant par la bouche et tirant des projectiles oblongs.
3° Les bouches à feu rayées, se chargeant par la culasse et tirant des projectiles oblongs. Ce sont des canons et des mortiers. Les uns et les autres tirent les mêmes projectiles ; les canons sont plus longs que les mortiers.

809. – On appelle calibre d’une pièce le diamètre du plus gros projectile cylindrique qui puisse se mouvoir dans l’âme. Les pièces rayées et se chargeant par la culasse sont désignées habituellement par leur calibre. Les canons rayés de petit calibre des artilleries anglaise et russe, les canons rayés se chargeant par la bouche et les canons Reffye de l’artillerie française sont désignés par le poids en kilos de leur projectile. Les canons lisses sont désignés par le poids de leur boulet en livres ou par le poids du boulet de pierre qu’Ils pourraient lancer.
La nature du service, le poids, la longueur et le métal servent à distinguer les pièces en : canons de montagne, de campagne, de siège, de place, de côtes, de la marine ; en canons lourds ou légers ; en canons longs ou courts ; en canons en fonte, en bronze ou en acier.

810. – Les rayures donnent au projectile un mouvement de rotation régulier qui, joint à la forme du projectile, diminue l’action retardatrice de l’air sur lui. Les canons rayés ont une portée et une justesse plus grande que les canons lisses. Le nombre, le sens, le pas et le profil des rayures sont étudiés chaque espèce de pièce ; les tables de construction les font connaître. Un canon est rayé à droite (ou à gauche) lorsque, se plaçant derrière la culasse, on voit la rayure supérieure tourner de gauche à droite (ou de droite à gauche). Le sens adopté est sans influence sur l’amélioration du tir.

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Métal. – 811 – L’acter plus résistant que le bronze, même avec des épaisseurs moindres ; les rayures et l’intérieur de l’arme ne se déforment pas aussi facilement dans l’acier que dans le bronze. Par contre, l’acier est un métal assez capricieux sur lequel les changements de température ont de l’influence. S’il est moins cher d’achat que le bronze, une fois hors de service il n’a d’autre valeur que celle de la vieille ferraille.
La fabrication du canon d’acier a présenté des difficultés aux débuts. Aujourd’hui, cette fabrication, quoique toujours un peu délicate, se fait d’une manière très satisfaisante, grâce aux progrès réalisés par l’industrie. On a réussi, par l’association de la fonte, de l’acier et du fer forgé, au moyen du tubage et frettage, à établir des canons composés.
Le renfort ou tonnerre correspondant à la partie de l’âme où se trouve le chargement est celle qui supporte les plus fortes pressions sous l’action des gaz de la poudre ; c’est donc de son mode de construction que dépend surtout la résistance de la pièce.
Le frettage permet de n’employer que des tubes relativement minces, et, par suite, d’an acier bien supérieur à celui obtenu par couches épaisses. On lace chaud une série de frettes que l’on serre les unes contre les autres. Il n’est nécessaire de fretter les tubes que jusqu’au-delà des tourillons ; on ne frette généralement pas la volée.
La supériorité incontestable de l’acier sur le bronze a fait adopter pour les canons de campagne français ce métal, qui est en usage dans presque toutes les artilleries ; la fabrication est assurée dans d’excellentes conditions et l’on doit inspirer aux troupes une confiance entière dans les canons d’acier, sans toutefois discréditer l’armement en bronze, qui a sa valeur.
Le bronze-acier inventé par le général autrichien Uchatius ne contient que 8 (au lieu de 10) pour 100 d’étain ; employé en Autriche il a donné des résultats satisfaisants.
Le bronze est coulé en Coquilles et soumis à un refroidissement rapide. La pièce coulée pleine est d’abord alésée, comme les pièces ordinaires en bronze, à un diamètre sensiblement inférieur au calibre définitif. Mais, au lieu de l’amener ce dernier calibre par un alésage nouveau, on fait pénétrer successivement dans l’âme, sons des pressions très considérables, une série de mandrins dont les sont diamètres sont de plus en plus grands. Chaque mandrin élargit, par son passage, le diamètre de l’âme, et comprime le métal de la pièce. Après l’introduction du dernier mandrin qui donne à la bouche à feu son calibre définitif, le métal progressivement comprimé a acquis une telle dureté que les parois de l’âme offrent une résistance analogue celle des pièces en acier.
Le bronze Lavroff a une grande analogie le bronze Uchatius.
Cette utilisation du bronze, récemment expérimentée à la fonderie de Bourges, a pour la France un réel intérêt, en raison du stock énorme des pièces anciennes en bronze qu’elle possède encore.

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Chargement par la culasse. – 812. – Avec le chargement par la culasse, la pièce exige des soins et n’a plus le caractère de rusticité des anciens canons de campagne ; un choc sur l’une des pièces du mécanisme (surtout quand cette pièce fait saillie) peut mettre le canon hors de service ; enfin les réparations sont difficiles quand on est loin d’un atelier, dans les expéditions lointaines par exemple. Cette dernière considération a décidé l’artillerie anglaise à adopter un canon de campagne (canon Maxwel), composé d’an tube intérieur en acier avec manchon en fer forgé et se chargeant par la bouche. « L’acier serait rapidement attaqué par l’humidité chaude du climat des Indes et les réparations du mécanisme de fermeture se feraient difficilement à 5,000 lieues de l’arsenal de Woolwich » (Colonel Berge). Ces quelques inconvénients sont largement compensés par les avantages suivants :
Le chargement par la culasse supprime le vent, c’est-à-dire le jeu qu’il fallait conserver entre le sommet des ailettes du projectile et le fond des rayures quand on employait le chargement par la bouche ; le projectile est parfaitement centré, c’est-à-dire que son axe se confond avec celui de la pièce. Pour ces deux motifs, le chargement par la culasse augmente incontestablement la vitesse initiale du projectile, sa portée et sa justesse en direction.
D’ailleurs, ce mode de chargement fonctionne très bien actuellement. Le mécanisme de culasse demande un certain entretien, mais il en sera toujours ainsi avec une arme de précision. Il convient de dissiper toute appréhension à ce sujet dans l’esprit des troupes. II faut simplement recommander aux officiers une grande surveillance dans l’entretien de leur matériel.

813. – Le mécanisme de culasse se compose de la culasse mobile ou système de fermeture et de l’obturateur qui est indispensable pour empêcher les gaz de s’échapper par le joint de la culasse mobile avec le canon.
Les deux systèmes de fermeture aujourd’hui employés en Europe sont le système à vis centrale du général Treuille de Beaulieu, pour la France, et le système coin de Krupp, pour les autres puissances.

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Fermeture à vis centrale. – La culasse mobile est formée par une vis qui vient se loger dans un écrou placé à l’arrière du canon, de manière que son axe se trouve dans le prolongement de la bouche à feu. Les filets de la vis et ceux de l’écrou sont interrompus sur trois secteurs égaux ; il suffit de faire faire un sixième de tour à la vis pour la dégager de son écrou. La vis se manœuvre au moyen d’une manivelle et d’une poignée. Une charnière mobile supporte la vis lorsqu’elle est hors de son écrou et permet de la ramener sur le côté de la pièce pour le chargement. Ce système est le seul employé en France. (L’examiner dans les garnisons d’artillerie ou pendant les grandes manœuvres).
Le système à vis centrale offre les avantages suivants : aucune pièce du mécanisme n’est apparente sur le côté de la pièce, par suite moins de chances de détérioration sous l’action d’un choc ; l’ouverture centrale étant plus grande permet de mieux assurer la position de la gargousse.
L’obturateur automatique da colonel de Bange ne s’emploie qu’avec la fermeture à vis centrale, c’est-à-dire pour les canons français. Il est fixé entre la branche antérieure de la vis de culasse et une tête mobile en forme de champignon. Il est formé d’une galette annulaire, composée de graisse et d’amiante renfermée dans une enveloppe en toile. Au moment du tir, les gaz de la poudre pressent sur la tête mobile et compriment l’obturateur qui s’applique contre les parois de l’âme en fermant toute issue aux gaz. Lac artilleries étrangères et la marine française emploient des obturateurs métalliques.
Dans canons les Reffye l’emploi d’une gargousse obturatrice à parois métalliques et imperméables s’oppose à toute déperdition des gaz.

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Projectiles. – 814. – Les projectiles sphériques sont destinés aux pièces lisses. Les projectiles oblongs et cylindriques sont destinés aux pièces rayées.
Les projectiles oblongs sont les seuls employés par l’artillerie de campagne ; leur longueur varie entre 2 fois et demi et 3 fois leur calibre. La forme cylindrique est employée pour les gros calibres et dans le tir de destruction afin que le projectile ne se brise pas en frappant une cuirasse de navire, le blindage d’une coupole, ou des maçonneries solides.
En adoptant la forme allongée, on présente moins de surface aux actions retardatrices de l’air sans pour cela diminuer le poids. Au moyen des rayures on donne au projectile un mouvement de rotation sur lui- même qui a pour effet de produire une dérivation dans un sens déterminé, qu’on peut calculer et corriger.
Avec le chargement par la bouche, le projectile est en général muni d’ailettes en métal mou, qui entrent dans les rayures. Avec le chargement par la culasse, le projectile est ordinairement couvert d’une chemise en métal mou (du plomb) ; cette disposition donne un forcement et un centrage complets.
II est à remarquer que la chemise en plomb des projectiles n’a pour but que de maintenir les deux couronnes saillantes qui seules sont découpées par les rayures et remplissent le rôle d’ailettes. Certains projectiles n’ont que deux couronnes sans emplombage continu. Outre le plomb, on peut employer avantageusement, dans les pièces d’acier, les couronnes en cuivre qui donnent de très bons résultats. La marine tire des projectiles à couvertures en cuivre.
Les projectiles à expansion se tirent dans certains canons se chargeant par la bouche (anglais). Ils sont caractérisés par un anneau en bronze dépassant un peu le culot auquel il est fixé. Cet anneau, s’épanouissant sous l’action des gaz de la poudre, produit le forcement et règle la rotation du projectile.
On appelle obus, tous les projectiles destinés à recevoir une charge explosive intérieure et boulets tous les projectiles non explosifs, qu’ils soient pleins ou creux.

815. – L’obus ordinaire est en fonte et ne renferme qu’une charge explosive. Il est percé d’un « œil » par lequel on introduit la charge et que l’on arme d’une fusée pour le tir.
Quand cette fusée est percutante, elle fait éclater le projectile au moment où il frappe l’obstacle. – Quand elle est à temps, on décoiffe, au moment de charger, un évent de la fusée correspondant à la distance voulue ; la fusée s’allume au départ et fait éclater le projectile à la distance voulue ; avec cette dernière fusée, on est exposé à commettre des erreurs dues à la mauvaise appréciation des distances. Quoique la fusée à temps permette de donner au projectile des effets terribles de destruction et de démoralisation quand il éclate au-dessus des troupes, plusieurs puissances ont renoncé à l’employer. La fusée percutante assure mieux l’éclatement du projectile ; par l’observation des points de chute, elle permet d’apprécier les distances et de corriger les erreurs commises dans cette appréciation ; par contre, le projectile n’éclatant qu’après le choc, les effets du tir sont dépendants de la nature plus ou moins molle et de la configuration plus ou moins accidentée du sol au point de chute.
L’inflammation au départ de la fusée à temps n’est pas assurée avec les canons se chargeant par la culasse. On cherche en ce moment une fusée concutante, c’est-à-dire une fusée qui s’enflamme au départ par un mécanisme intérieur et non sous l’action des gaz de la poudre, comme cela a lieu pour la fusée percutante ordinaire. (Note : voir l’article les obus et fusées français).

816. – Quand l’obus est chargé d’un certain nombre de balles, il s’appelle obus à balles ou Schrapnell. On lui donne le nom d’obus incendiaire quand il est chargé de matières incendiaires. L’Autriche est la seule puissance qui fasse entrer des obus incendiaires dans ses approvisionnements.
Des rainures intérieures tracées dans la fonte régularisent le nombre des éclats ; quand ces lignes de rupture ont été disposées d’avance, l’obus est dit à fragmentation.
L’obus à double paroi se compose de deux parties emboîtées l’une dans l’autre : la partie Interne présente en saillie une série de petites pyramides qui pénètrent dans des cavités correspondantes de l’enveloppe.
Cette disposition a été imaginée pour déterminer des lignes de rupture sur les deux parties et assurer une fragmentation régulière de l’obus ; dans la pratique ce résultat n’est pas toujours atteint.
L’obus segmenté à couronnes ou obus Uchatius est un obus à double paroi dont la partie intérieure est formée par la superposition d’anneaux ou couronnes dentelés ; il est adopté en Autriche, en Allemagne et en Italie ; il le sera probablement en Russie.
La force avec laquelle les éclats ou les balles viennent frapper le but dépend de la vitesse qui reste au projectile au moment de son explosion, combinée avec la vitesse que donne la charge d’éclatement.
Avec la fusée percutante, l’effet d’éclatement se maintient encore malgré le choc, pourvu que l’angle sous lequel arrive le projectile ne soit pas trop grand. Cette observation montre assez que l’obus à balles, pour être efficace, doit être un projectile de moyenne portée ; il a des effets destructeurs très grands contre une troupe a découvert. L’obus ordinaire avec une fusée percutante est utilisable dans presque toutes les circonstances : pour battre des villages, des bois, des positions retranchées, pour attaquer l’artillerie, détruire ses voitures et ses affûts, pour arrêter des colonnes profondes, pour bombarder une ville, fouiller ou rendre intenables des abris naturels ou artificiels.

817. – La boite à mitraille est un projectile de petite portée. Son tir n’a d’efficacité réelle que jusqu’à 400 mètres : c’est assez dire qu’avec les portées de la mousqueterie actuelle elle sera d’un emploi de plus en plus restreint.

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Approvisionnements, mobilité et répartition des pièces. – 818. – Le nombre de coups à tirer par pièce dépend du poids et de la disposition des projectiles et des charges dans le coffre d’avant-train et dans les coffres des caissons de la batterie. La mobilité dépend du poids de chaque voiture chargée et du nombre de chevaux attelés à chaque voiture ; elle se mesure par le poids que traine chaque cheval. On ne peut pas tendre à diminuer constamment le poids du canon et de son affût, sous peine, au moment du tir, de voir la pièce prendre un recul exagéré.
« Depuis que l’artillerie a acquis des portées qui vont jusqu’à 4 et 5 kilomètres, la légèreté a perdu une partie de son ancienne importance. Des batteries d’une grande portée et d’un puissant effet sont plus utiles que jamais pour assurer à une armée les points importants du champ de bataille. » (Colonel Berge).

Afin de se rendre compte de la puissance de l’artillerie dans une armée, il faut préciser non seulement la valeur de son canon comme effets de tir et comme approvisionnements, mais encore le nombre des batteries par division et par corps d’armée, ainsi que l’effectif de la division et du corps d’armée.

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§ II. Tir des bouches à feu.

819. – La dérivation est la quantité dont le projectile s’écarte du plan de tir par suite de son mouvement de rotation seul ; elle se produit à droite pour les pièces rayées à droite (pièces françaises de 80 et de 90 mill.) ; elle se produit à gauche pour les pièces rayées à gauche (telle que celle de 95 mill.).
L’angle de tir est l’angle que l’axe de la pièce fait avec le plan horizontal.
L’angle de site est l’angle que fait avec le plan horizontal la ligne droite qui va du centre de la bouche du canon au but.

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820. – Pointage – Pointer une pièce, c’est la disposer dans les conditions les plus favorables pour que le projectile aille toucher le but.
Le pointage direct consiste à : 1° incliner la ligne de tir par rapport l’horizon, de manière à corriger l’abaissement produit par la pesanteur ; c’est ce qu’on appelle donner la hausse ou l’angle ; 2° diriger la ligne de tir à gauche du but (pour les pièces de 80 et de 90), de manière à corriger la dérivation : c’est ce qu’on appelle donner la dérive. (Ces deux opérations se font en manœuvrant la hausse, la planchette ainsi que la vis de pointage et en déplaçant latéralement la crosse).
Pour tirer aux distances supérieures à celles portées sur la hausse, on donne l’angle de tir avec le niveau. Quand on ne peut apercevoir le but qu’en se plaçant debout derrière la pièce, on donne la direction au moyen du fil à plomb après avoir donné la hausse et la dérive correspondant à la distance du but.

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821 – Tables de tir – Avant d’adopter définitivement un modèle de pièce, on détermine, par le calcul et par l’expérience, tous les éléments de son tir. Ces données figurent, sous forme de tableaux et pour chaque espèce de dans le règlement sur le service des bouches à feu ; les tables de tir fournissent à celui qui est chargé de régler le tir tous les renseignements dont il a besoin.
Dans le tir de plein fouet de campagne, la vitesse initiale du projectile est déterminée une fois pour toutes au moment de la mise en service de la bouche à feu. Connaissant la distance du but, on trouve dans les tables de tir, pour cette distance : 1° La hausse et la dérive à employer ; elles permettent de faire le pointage dans la plupart des cas ; 2° L’angle de tir, nécessaire pour pointer au-delà des distances marquées sur la hausse 3° L’angle de chute qui permet de préjuger dans une certaine mesure l’effet utile du projectile ; plus cet angle augmente, plus on a chance de voir le projectile s’enterrer sans donner d’éclats ; 4° La zone dangereuse ainsi que les écarts probables en portée, en direction et en hauteur.
Dans le tir des mortiers, on se donne l’angle de tir et l’on détermine, d’après la position du but, la vitesse initiale et, par suite, la charge que doit recevoir la bouche à feu.
Dans le tir plongeant, lorsqu’il s’agit d’atteindre un but caché par une masse couvrante, on détermine à la fois la charge et l’angle de tir à employer pour effleurer la crête de la masse couvrante et atteindre le but à battre.
Les tables de tir contiennent encore d’autres éléments dont on a assez rarement besoin pour diriger le feu d’une batterie. Elles sont, en outre, complétées par des tableaux donnant des indications immédiatement utilisables pour conduire le feu, telles que ; 1° Pour faire varier la portée de 400 mètres, faire varier la hausse de…, l’angle de tir de… ; 2° Un tour de manivelle fait varier la portée de… ; 3° Pour déplacer le point de chute de 40 mètres en direction ou en hauteur, faire varier la hausse ou la dérive de…

822. – De l’examen des tables de tir, il résulte : Qu’à partir de la distance de but en blanc, qui est 600 mètres pour le canon de 80 et 300 mètres pour le canon de 90, les zones dangereuses diminuent très sensiblement à mesure que la portée augmente : la zone dangereuse pour l’infanterie qui est de 58 mètres à 1,000 mètres, n’est plus que de 23 mètres à 2,000 mètres ; 2° Les écarts probables augmentent avec la distance du but mais assez lentement ; 3° les écarts probables en portée sont très sensiblement plus considérables que ceux en direction et en hauteur. Ainsi, pour le canon de 80, à la distance de 4,500 mètres, l’écart probable en portée est de 8m20, celui en direction est de 0m40, celui en hauteur est de 0m50 ; à la distance double de 3,000 mètres, l’écart en portée n’est que 9m60, l’écart en direction est de 4m,20, l’écart en hauteur est de 1m40.
En partant de ce fait que les écarts en direction des coups qu’une batterie peut recevoir augmentent avec la distance de cette batterie à l’ennemi, il semble logique d’augmenter dans la même proportion les intervalles entre les pièces ; ainsi on pourrait maintenir jusqu’aux distances de tir de 2,000 mètres les intervalles de 42 à 45 mètres, avec faculté de les porter à 20 ou 25 mètres si l’on doit tirer à plus de 2,500 mètres, etc…

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Appréciation des distances. – Réglage du tir. – 823. – La plupart du temps, on règle le tir en tirant un coup long et un coup court et prenant ensuite une moyenne ; mais cette méthode ne peut être employée qu’avec des projectiles à fusées percutantes et quand on ne tire pas à des distances trop éloignées, de manière à ce que les points de chute puissent être observés.
Chaque batterie est actuellement munie, comme matériel réglementaire, d’un télémètre Goulier et d’une longue-vue avec trépied. Les officiers d’artillerie sont familiarisés avec l’usage des instruments servant à mesurer les distances, leur emploi est toujours un peu délicat comme celui de tout appareil de précision.
Pour régler le tir d’une batterie, le capitaine, accompagné d’un officier ou d’un sous-officier exercé, doit, à moins d’impossibilité, reconnaitre à l’avance la position occuper, et apprécier à l’aide d’une carte et des divers instruments (lunette, télémètre, etc.) portés par la batterie, la distance du but, et aussi, quand il le peut, la distance des divers points remarquables situés en avant de la position ; ces renseignements lui permettent d’estimer, avec une première approximation, la hausse à employer. Pour corriger cette hausse estimée, Il pourra avoir recours à divers procédés reposant sur l’observation directe des points de chute des projectiles.
Parmi les procédés qui jusqu’ici semblent devoir conduire le plus rapidement au résultat désiré, on cite en particulier les deux suivants :
Le capitaine, ayant fait avancer une ou deux pièces, puis tirer un premier coup en employant la hausse estimée, modifie cette hausse en plus ou en moins, d’après le résultat obtenu, et fait continuer le tir de manière à encadrer le but avec des coups successivement courts et longs. Quand il juge que les écarts obtenus se rapprochent suffisamment de la limite des écarts probables en portée, il fixe la hausse de la batterie en prenant la moyenne des dernières hausses ayant fourni les deux coups, long et court, qui ont encadré le but le plus près.
La deuxième méthode ne diffère pas sensiblement de la précédente, mais suppose seulement que la batterie entière a pris position. Le capitaine faut alors pointer toutes les pièces avec des hausses successivement croissantes ; les unes plus faibles, les autres plus fortes que la hausse estimée, de façon à échelonner les coups. SI le premier coup tiré n’est pas très court, le feu est continué dans l’ordre des pièces ; si, au contraire, le premier coup est très court le capitaine fait tirer immédiatement toute autre pièce, sans avoir égard à son rang, de manière à obtenir le plus tôt possible deux coups assez rapprochés et encadrant le but. La moyenne des deux hausses ayant fourni ces derniers coups, donne la hausse à employer.

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§ III. Artillerie française de campagne.

824. – Les pièces de campagne sont les canons en acier de 80, (et 95) millimètres de calibre, les canons en bronze du système Reffye de 5 et de 7, et Io canon de montagne du calibre de 80 millimètres.
L’artillerie de chaque division d’infanterie se compose d’un groupe de batteries montées de 90.
L’artillerie de corps de chaque corps d’armée se compose de 8 batteries, réparties en 2 groupes. Le premier groupe comprend 4 batteries montées de 90. Le deuxième groupe se subdivise en : 2 batteries montées de 90 (ou de 95), et 2 batteries à cheval attelant du canon de 80.
On attache d’ordinaire à chaque division de cavalerie indépendante 3 batteries à cheval attelant du canon de 80.
Chaque batterie se compose de 6 pièces, 9 caissons, une forge, 1 chariot de batterie, 1 chariot fourragère (8 caissons dans les batteries cheval).

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Approvisionnements en munitions. – 825. – Chaque batterie à 6 pièces dont l’avant train porte un coffre de munitions et 9 caissons à 3 coffres, soit 33 coffres par batterie.
Pour le canon de 80 : — Coffre d’avant-train : 19 obus ordinaires, 9 à balles, et 2 boîtes à mitraille. – coffre de caisson : 21 obus ordinaires et 9 à balles ; soit 30 coups par coffre.- Chaque caisson contient donc 90 coups et la batterie est approvisionnée dans son ensemble à 960 coups, ce qui donne 160 coups par pièce.
Pour le canon de 90 : – Coffre d’avant-train : 28 coups, dont 18 obus ordinaires, 8 à balles et 2 boîtes à mitraille. – Coffre de caisson : 28 coups, dont 24 obus ordinaires et à 4 balles ; soit 28 coups par coffre. – Chaque caisson contient donc 84 coups et la batterie est approvisionnée dans son ensemble à 924 coups, ce qui donne 154 coups par pièce.
Pour le canon de 95 : – Dans chaque coffre d’avant-train d’affût : 9 obus ordinaires, 6 obus à balles et 3 obus à double paroi, au total 18 coups : – Dans chaque coffre de caisson : – 12 obus ordinaires, 8 obus à balles et 4 obus à double paroi, au total 24 coups. Chaque caisson contient donc 72 coups et la batterie est approvisionnée à 736 coups, ce qui donne 126 coups par pièce.
Tel est l’approvisionnement normal immédiatement disponible en première ligne. A la suite de chaque corps d’armée marche le parc d’artillerie du corps d’armée. Ce parc se divise en 2 échelons. Le 1er échelon est destiné à fournir un premier remplacement de munitions aux troupes et batteries du corps d’armée ; il comprend 6 sections, dont 2 pour les munitions d’infanterie. – Le 2e échelon est destiné à réapprovisionner le 1er ; il comprend 4 sections.
Il est possible que l’on modifie, dans l’avenir, non pas les chiffres totaux de 30 et 28 coups par coffre de 90 et de 80, mais la proportion des obus à balles, qui serait augmentée ; le chargement comprendrait moitié d’obus à balles.

826. – Indépendamment des munitions dont chaque batterie dispose, on trouve dans chaque section du 1er échelon du parc d’artillerie : 3 caissons de 80, 10 de 90, et 2 de 95 millimètres et 4 coffres d’avant-train de pièces ou affûts de rechange chargés de munitions de 90. On trouve, en outre, à la 3e section un coffre d’avant-train de 80, à la 4e section un coffre de 95, à la 5e section 2 coffres de 80, à la 6e 2 coffres de 95 millimètres.
Les ressources de 1re ligne sont donc complétées par le 1er échelon du parc d’artillerie dans les proportions suivantes :
– Par batterie de 80, 390 coups, soit par pièce 64 coups.
– Par batterie de 90, 317, coups, soit par pièce 52 coups.
– Par batterie de 95, 315 coups, soit par pièce 52 coups.

Le 2e échelon du parc fournit un second renfort :
Chaque section de cet échelon à 15 caissons de 90. Chacune des 3 premières sections à 4 caissons de 80 ; la 1ere en a 4 de 95, la 2e et la 3e en ont chacune 3 de 95. En outre, chacune des 3 premières sections à 3 coffres d’avant-train de pièces en affûts de rechange chargés en munitions de 90 : la 1ere section en a 1 de de 80 ; la 2e, 2 de 80 et 1 de 95 ; la 3e, 1 de 80 et 2 de 95.
On obtient ainsi par batterie de :
– 80, 400 coups, soit par pièce, 66 coups.
– 90, 440,75 coups, soit par pièce, 74 coups.
– 95, 387 coups, soit par pièce, 65 coups.

827. – En totalisant les ressources des batteries et du parc on obtient :
– Pour la batterie de 80, 1 750 coups, soit par pièce 290 coups.
– Pour la batterie de 90, 1 682 coups, soit par pièce 280 coups.
– Pour la batterie de 95, 1 458 coups, soit par pièce 243 coups.

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§ IV. Étude comparative des artilleries de campagne de l’Europe.

Mode de chargement. – 828. – Toutes les puissances, à l’exception de l’Angleterre et de la Suède, emploient comme canons de campagne les pièces se chargeant par la culasse. Les motifs qui paraissent avoir décidé les Anglais à conserver le chargement par la bouche, ont été indiqués au n°812.

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Mécanisme de fermeture et obturation. – 829. – Toutes les puissances, à l’exception de la France, ont adopté le « système de fermeture Krup à coin cylindro-prismatique » et à « obturateur métallique » formé d’un anneau en cuivre ou en acier. En France, on a préféré le « système de fermeture à vis centrale » et « l’obturateur automatique » du colonel de Bange. La Belgique avait conservé l’obturateur à Piston du système Wahrendorff, mais elle adopte en ce moment des canons du système Krup, identiques à ceux de l’Allemagne. Si l’on veut étudier ces divers mécanismes, on peut se reporter à la Revue d’artillerie, livraisons d’octobre 1872, de novembre 1874.

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Calibres. – 830. – Presque toutes les puissances ont deux calibres de campagne : le canon léger et le canon lourd. Toutes les puissances ont des batteries montées ou lourdes, et des batteries à cheval ou légères ; ces dernières sont plus mobiles, parce que les servants sont à cheval au lieu d’être montés sur les caissons.
Le canon léger, destiné aux batteries à cheval, et le canon lourd, destiné aux batteries montées, sont du calibre de 78,5mm et 91,5mm en Allemagne et en Belgique, de 75 et de 87 millimètres en Autriche, de 70 et de 90 millimètres en Italie, de 80 et de 100 millimètres en Suisse, de 80 et de 90 millimètres en Turquie. Le Danemark et la Hollande n’ont qu’un canon de campagne du calibre de 87 millimètres pour la première de ces puissances, et de 80 millimètres pour la seconde. En Angleterre, les batteries montées sont armées, les unes de canons de 16 livres, les autres de canons de 9 livres lourds. Le canon de 9 livres léger est exclusivement réservé aux batteries à cheval. En Russie, les batteries montées sont armées avec le canon dit canon de batterie, du calibre de 106 millimètres, les autres avec le canon léger de 87 millimètres ; le canon dit « d’artillerie à cheval » de 87 millimètres est réservé aux batteries à cheval. L’Italie n’a que des batteries lourdes et légères et pas de batteries à cheval. En France, les canons de 90 et de 93 sont destinés aux batteries montées, le canon de 80 aux batteries à cheval.

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Métal. – 831. – L’Allemagne, la Russie, la Belgique, le Danemark et la Turquie emploient exclusivement l’acier pour leurs canons de campagne. – L’Angleterre emploie le fer forgé avec tubage en acier, l’Autriche le bronze-acier, la Hollande le bronze, la Suède la fonte. – L’Italie a un canon de 70 en bronze, et un canon de 90 en acier. – L’Espagne a des canons de 80 en bronze et en acier, des canons de 90 en acier, et des canons de 10 centimètres en bronze. En France, les canons de campagne de 80, 90 et 95 sont tous trois en acier ; cependant, les pièces en bronze de 5 et de 7, du système de Reffye, sont déclassées.

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Nombre de pièces et de caissons par batterie. – 832. – Dans les armées européennes, les batteries se composent chacune de 6 ou 8 pièces. Chaque pièce est trainée par un avant-train muni d’un coffre de munitions, et approvisionnée par au moins un caisson faisant partie de la batterie.
Batteries à 6 pièces : France, 9 caissons, et 8 seulement pour les batteries à cheval ; Allemagne et Belgique, 8 caissons ; Angleterre, 6 caissons ; Russie, batteries cheval, 9 caissons ; Autriche, batteries à cheval, 6 caissons.
Batteries à 8 pièces : Russie, 12 caissons ; Autriche et Italie, 8 caissons. – Ces pièces et caissons sont attelés à 6 chevaux, sauf en Italie, où les pièces et caissons des batteries légères ne sont trainés que par 4 chevaux. Outre ces pièces et caissons, chaque batterie comprend une forge et quelques chariots pour son service, ainsi que pour le transport des vivres et des bagages.

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Nombre des batteries affectées à chaque division et à chaque corps d’armée. – 833. – Le corps d’armée comprend deux divisions d’infanterie en France, en Allemagne, en Italie et en Russie ; trois divisions en Angleterre et en Autriche. Le chiffre total des batteries affectées à chaque corps d’armée, se décompose en artillerie divisionnaire et en artillerie de corps, excepté pour la Russie où il n’existe pas d’artillerie de corps. Sauf une, deux ou trois batteries de corps, toutes ces batteries sont montées.
France : 4 batteries montées par division, 8 batteries de corps ; total : 96 pièces.
Allemagne : 4 batteries par division, et 7 ou 8 batteries de corps, dont 6 montées et 1 ou 2 à cheval ; total : 90 à 96 pièces.
Italie : 3 batteries par division, dont une lourde et deux légères, 4 batteries de corps dont 2 lourdes et 2 légères ; total : 80 pièces.
Angleterre : 3 batteries par division, dont 2 de 16 livres et 1 de 9 livres ; 5 batteries de corps, dont 2 de 16 livres montées et 3 de 9 livres à cheval ; total : 84 pièces.
Autriche : les 2 premières divisions du corps d’armée ont chacune 3 batteries lourdes, la 3e division en a 4. L’artillerie de corps comprend 5 batteries dont 3 lourdes et 2 légères ; total : 120 pièces. L’Autriche peut mobiliser 13 corps d’armée ; dans 5 de ces corps, la 3e division n’a que 2 batteries au lieu de 4.
Russie : il n’y a pas d’artillerie de corps. A chaque division est attachée une brigade d’artillerie montée de 3 batteries lourdes et de 3 batteries légères. Soit, au total, pour le corps d’armée, 96 pièces.

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Munitions. – 834. – 1° Nombre de coups à tirer par pièce, avec les seules ressources de la batterie. – Canons légers : Russie, 165 coups ; France et Italie, 160 ; Allemagne, 154 ; Autriche, 152 ; Angleterre, 148. – Canons lourds : France (canon de 90), 154 coups ; Allemagne, 136 ; Italie, 130 ; Autriche, 128 ; France (canon de 95) 126 ; Angleterre, 100 ; Russie, 99.
En France, en Allemagne, en Autriche et en Italie, sur un approvisionnement moyen de 160 coups il y a environ 112 obus ordinaires, 42 obus à balles, et 6 boites à mitraille. En Russie, le nombre des obus à balles est presque le mème que celui des obus ordinaires. En Angleterre, l’approvisionnement comporte trois fois plus d’obus à balles que d’obus ordinaires.
2° Approvisionnements disponibles dans les colonnes de munitions et dans le parc marchant à la suite du corps d’armée. – Canons légers : Angleterre, 152 coups par pièce ; Italie, 140 ; Allemagne, 135 ; France, 130 ; Autriche, 74. — Canons lourds : Angleterre, 180 ; Italie, 170 ; France (canon de 90), 126 ; Allemagne, 123 ; France (canon de 95), 117 ; Autriche, 82.
3° total des munitions disponibles : Canons légers : Angleterre et Italie, 300 coups par pièce ; France, 290 ; Allemagne, 289 ; Autriche, 226. – Canons lourds : Italie, 300 ; France (canon de 90), 280 ; Angleterre, 280 ; Allemagne, 280 ; Autriche, 210.

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Limites des portées. – 835. – Limites données par les hausses : France 5,500 mètres pour les trois calibres, Autriche 4,550 mètres pour les deux calibres, Allemagne 4,200 mètres (lourd), 4,000 mètres (léger), Italie 4,000 mètres (lourd), 3,600 mètres (léger), Angleterre 5,650 (lourd), 3,200 (léger). Les limites extrêmes données par les tables de tir sont les mêmes que les précédentes pour l’Autriche, l’Italie et l’Angleterre ; elles atteignent 7,500 mètres pour le 95 et 7,200 pour le 90 et le 80 français, 7,000 pour le canon allemand lourd et 6,800 mètres pour le canon allemand léger.

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Vitesses initiales. – 836. – Canons légers : France 480, Allemagne 465, Russie 462, Autriche 422, Angleterre 420, Russie (artillerie à cheval) 411. Canons lourds : France (canon de 90) 465, Autriche 448, Allemagne 444, France (canon de 95) 443, Angleterre 413, Russie 400.

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Justesse du tir. –  837. – En examinant le tableau des zones dangereuses et des écarts probables jusques 4,000 mètres, on obtient le classement suivant : Les trois calibres français et les deux calibres allemands, le canon lourd italien, le canon lourd autrichien, le canon léger autrichien et le canon léger italien.

838. – Les grandes armées européennes se présenteront sur les champs de bataille de l’avenir avec des bouches à feu se valant à peu de chose près au point de vue balistique et le nombre des canons disponibles différera peu dans deux corps d’armée opposés. C’est par le mode d’emploi de ces engins puissants, par l’intelligente utilisation du terrain, des portées et des concentrations de feu, par l’à-propos des mises en batterie, ainsi que par l’habileté des commandants de batterie dans le réglage du tir, que l’on pourra acquérir la supériorité sur l’adversaire.

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§. V. – Mise hors de service et enlèvement d’une pièce.

839. – Pour enclouer les pièces, on se sert de clous barbelés en acier ; on les enfonce dans la lumière avec une pierre ou le dos de la hache de campement, en frappant légèrement les premiers coups. Lorsqu’on sent une vive résistance, briser le clou au ras de la pièce par un coup sec sur le côté.
On met hors de service les pièces se chargeant par la culasse, en emportant une partie de l’appareil de fermeture, s’il est possible, ou en le jetant au loin. On peut encore frapper avec un marteau ou avec le dos de la hache de campement sur les filets de vis de pointage et les pièces de fermeture pour les empêcher de servir, ou les fausser à coups de levier ; casser les hausses, emporter ou briser les pièces de rechange renfermées dans les coffrets d’affût, casser les timons.
Les obus sont jetés à l’eau, et, si on le peut, les caissons sont noyés avec leur chargement. L’emploi des fusées percutantes rend la destruction successive des projectiles très dangereuse, un obus qu’on jetterait à terre ou qu’on laisserait tomber pouvant éclater et occasionner de graves accidents.
Employer la dynamite ou la poudre au fulmi-coton pour briser les tourillons ou faire éclater la pièce.
Si l’on est contraint d’abandonner une pièce, ou si après avoir occupé une batterie ennemie on est obligé de se retirer devant des forces supérieures, on emploie les mêmes procédés ; on emporte ou on brise les écouvillons, on brise les roues, on précipite les pièces dans un ravin ou dans une tranchée.

840. – Enlever une pièce : En attachant les traits du cheval à la volée du canon, le tirage se fait mal et la pièce culbute souvent. Mieux vaut faire un nœud droit avec l’extrémité des traits ; ce nœud est engagé dans l’anneau du levier de pointage et maintenu par l’arrêtoir. Avec quelques chevaux par régiment de cavalerie harnachés d’une bricole on d’un poitrail, l’enlèvement se ferait facilement et le détachement de cavalerie pourrait toujours conduire une pièce enlevée jusqu’au village voisin où l’on trouverait des attelages et le moyen d’organiser un avant-train.

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